Le cuistre, le malappris, le parasite et les Guêpiers d'Europe - 015
Le cuistre, le malappris, le parasite et les Guêpiers d'Europe - 015
Récits d'affûts, rencontres imprévues et aventures insolites en pleine nature
Mes histoires extraordinaires en forêt de Fontainebleau et limitrophes.
Des histoires incroyables et pourtant bien réelles, ma vie de photographe animalier en est remplie. Celle-ci fait également partie des plus pittoresques et des plus rageantes !
Des histoires incroyables et pourtant bien réelles, ma vie de photographe animalier en est remplie. Celle-ci fait également partie des plus pittoresques et des plus rageantes !
Les guêpiers d’Europe attirent chaque année une foule de photographes, avides et empressés de poster leurs trophées sur les réseaux dits « sociaux ». Ce faisant, une véritable compétition, c’est le mot, se développe. La question est la suivante : est-ce préjudiciable aux oiseaux ? Connaissant la grande capacité d’adaptation de la faune, il est fort probable et même certain qu’ils s’accommodent de ces nouvelles conditions. Ces magnifiques oiseaux n’hésitent pas d’ailleurs à s’installer au cœur de carrières en activité, c’est dire !
Bref ! L’histoire que je vais vous raconter m’est arrivée il y a quelques années dans le département de l’Essonne, justement fort bien pourvu en carrières de sable. J’y avais repéré une petite colonie établie sur un ancien front de taille de quelques mètres de hauteur. Il y avait là, si mes souvenirs sont exacts, cinq ou six couples de guêpiers d’Europe bien installés.
La situation des nids et l’absence totale de végétation m’obligeaient à me servir d’un affût fixe, que je comptais positionner de nuit, bien avant l’arrivée des volatiles. Ce n’était pas une mince affaire : me déplaçant exclusivement à scooter, il me fallait faire preuve d'une ingéniosité folle pour transporter une cabane d’affût, un siège et tout le barda photographique sur un si petit engin ! Lorsque je me déplaçais ainsi harnaché, j’attirais immanquablement l’attention et d’étranges réflexions. Certains automobilistes, me prenant sans doute pour un sans-domicile-fixe en pleine migration, me jugeaient méprisable et me le faisaient savoir. Comique !
Me voilà donc parti au milieu de la nuit de Moret-sur-Loing pour rejoindre caché-sur-Essonne, soit approximativement cinquante kilomètres d'asphalte ! Parti nuitamment et installé alors qu’il fait encore bien noir dans la carrière, j’attends…
J’attends l’arrivée des guêpiers avec le petit jour. Bientôt, je perçois dans le lointain leur chant caractéristique, si mélodieux et flûté. Les voilà qui arrivent à tour de rôle et commencent à virevolter dans tous les sens, striant le ciel bleu de leurs magnifiques couleurs chatoyantes. La journée s'annonce splendide et riche en images ; à ce moment précis, rien ne pourrait entacher mon enthousiasme.
Et puis… quelque chose se passe. Mais quoi ? Je n’ai pas bougé d'un millimètre, je ne suis pas sorti de ma toile, je suis loin de la route et aucun bruit de moteur ne parvient jusqu'à moi. Je cherche désespérément ce qui a pu provoquer leur envol soudain et leurs cris d’alerte stridents. Mon affût fait maison n’ayant pas de fenêtre latérale, je ne vois rien de ce qui se trame sur mes flancs.
Au bout d’un moment, après avoir perçu un glissement étrange, un raclement sur le sable, et face à ce ciel désespérément vide, je risque un œil par l'ouverture réservée à l'objectif. Et là…
Je vois, vous ne allez pas me croire, et pourtant c’est la stricte vérité , je vois une cabane d’affût munie de deux chaussures qui avance par petits soubresauts saccadés dans ma direction !
Je rêve, j’hallucine, c’est quoi ce bazar ?
Le gars, enfin je suppose que c'en est un, continue stoïquement sa progression et vient se planter à deux mètres à peine de moi !
Que faire ?
Je me berce un instant d’illusions en me disant que malgré ce cirque, les oiseaux vont finir par revenir. Nada !
Au bout d’un temps que je trouve infiniment long, l'agacement prend le dessus. Je commence par pousser un coup de gueule magistral tout en proférant de terribles menaces, puis je me prépare à sortir, furibard, de ma planque. Ça va saigner grave ! Le temps de replier prestement mon trépied pour ne pas casser mon matériel dans la précipitation, je me rue dehors… pour voir mon cuistre, mon malappris, mon parasite cabane sous le bras, en train de dévaler le terrain et s'enfuir à toutes jambes vers la route !
À suivre . . .
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